une simple histoire de vigne

à la vigne, il se passe tout le temps quelque chose

des fois c’est dure, des fois c’est triste, des fois c’est harassant, des fois c’est drôle

mais tout le temps c’est passionnant

une simple histoire de vigne basée sur une histoire vraie imaginée par jissé te raconte un petit peu de tout ça chaque mois, en douze épisodes, et te livrera son intrigue quand les sapins ont des bougies

d'après une histoire vraie imaginée par jissé

une simple histoire de vigne – 2

demain, après-demain, après-après-demain et ainsi de suite il reviendra

 

mais qui est-il ?

ce gaillard planté dans son bleu de travail est l’ami, le père, le docteur et le confident de ces bouts de bois bruns presque noirs

ils sont ses amis et il est là pour que rien ne leur arrive

 

chaque jour il leur rend visite dans son bleu de travail qui tient par des bretelles et qui est décoré par les marques de nombreuses tâches comme celles sur le tablier de celui qui vient de poser son chevalet face au miroir naturel qui reflète jean rosset et ses longs cheveux jaunes et qui nous disent que c’est un peintre qui avec son pinceau sera le témoin de cette drôle d’histoire

 

il y a là des craquées de bouts de bois bruns presque noirs au corps décharné

c’est qu’ils n’ont rien bouffé de tout l’hiver

 

avec une peau craquelée qui fait mal à voir mais qui ne saigne pas et qui se contorsionnent comme si une main invisible leur appuyait sur la tête pour les empêcher de grandir

il y en a des jeunes qui sont minces et des plus âgés qui sont un peu plus épais

on ne distingue pas le féminin du masculin

mais en fin de compte ils ont tous la même allure

ils restent plantés là dans ces rues rectilignes qui vont dans un sens ou dans un autre, tantôt à plat tantôt en montée ou en descente

 

ces bouts de bois bruns presque noirs roupillent encore

alors que lui il ne peut jamais s’arrêter de bosser et se reposer

 

depuis le début de cette histoire et en ce début d’année notre gaillard en bleu de travail a aussi passé beaucoup de temps dans un lieu souvent sombre froid et humide à tourner autour de sortes d’immenses boilles carrées en acier ou rondes en bois

 

un verre à la main on l’a vu s’approcher d’un petit robinet planté dans la paroi de ces immenses boilles carrées en acier ou rondes en bois et tirer au guillon

ensuite il présente son verre qu’il a rempli d’une bonne golette à la pale lumière de l’ampoule qui pend du plafond au bout d’un fil sans abat-jour

il le penche il le relève il le repenche il regarde au travers il le fait tourner il le renifle il le regarde encore

il le porte à ses lèvres, prend une petite golette, la crache

regoûte

il fait tourner le liquide dans sa bouche et enfin avale

l’étincelle de ses yeux trahit sa joie et sa satisfaction

c’est pas de la nioniotte

c’est rudement bon mais il garde ça pour lui tout seul

d’ailleurs il n’y a personne d’autre

et dans la fricasse de sa cave il a chaud

il est content et cela l’encourage à retourner auprès de ses amis pour leur raconter ce qu’il vient de déguster

 

dans quelque temps quand il fera un peu plus chaud et que ses amis se seront parés de vert

il tirera de ces immenses boilles carrées en acier ou rondes en bois ce liquide jaune ou foncé et odorant pour le mettre dans des récipients en verre avec un bout de papier coloré et collé dessus qui portera son nom

une machine bruyante l’aidera dans cette tâche

mais on en n’est pas encore là

une simple histoire de vigne – 1

10/01/2019

préambule

tu vas vivre une simple histoire qui se passe dans un coin de terre proche de notre immense gouille lémanesque qui a été complètement transformé par la main et surtout par les bras de l’homme et pas n’importe lesquels puisque ceux-ci appartenaient à des gaillards qui portaient des bleus de travail bruns en forme de robe et qui les utilisaient pour faire des gestes qui devaient ressembler à une grande croix à la fin de leur discours quand ils saluaient les gens qui étaient venus les écouter et recevoir un bout de pain et boire un coup

c’est à cause de cela qu’ils ont dû transformer le paysage en terrasses et en charmus (cf lexique)

puis, en ayant marre de se foutre en l’air les mains et les habits à cause des ronces, des pierres, des brousailles et que c’était pénible ils ont fait appel à des tâcherons qui habitaient dans le coin
ainsi, ils pouvaient consacrer tout leur temps à élever le fruit de ce travail harassant et aussi aux dégustations dominicales

ce lieu est tellement beau de chez beau que plus tard d’autres gaillards résidant dans une grande baraque dans la ville lumière quand il n’y a pas de grèves à édéeffe ont décrété que cela appartenait à tout le monde et au monde

et qu’il fallait pas qu’on y touche
sauf qu’il fallait continuer à l’entretenir et le soigner
mais pas sur leur dos, les radins

NB : un lexique est à votre disposition à la fin des chapitres

1

une parfaite quiétude noyée sous un soleil de plomb emplit tout l’espace silencieux qu’on n’entend pas une mouche voler

au creux des bras de son bien-aimé elle observe tout ce qui se passe autour d’elle
il ne se passe rien sinon qu’elle se prélasse et savoure ces instants magnifiques
tout à coup elle entend des paroles et des chants même quelqu’un qui se mouche
mais c’est derrière le mur
elle respire
elle se détend et profite encore de cette douce chaleur qui la caresse

et soudain…
attends !  maintenant c’est devant le mur
c’est là tout près
du coin de l’œil elle voit des mâchoires gargantuesques et menaçantes qui s’approchent dangereusement
elle entend leur bruit sec quand elles se referment suivi d’une espèce de bruissement comme un long cri de détresse
elle a peur
elle essaie de pousser une bouéléemais elle ne peut pas
elle veut rester là
elle s’agrippe de toutes ses forces qui commencent à lui manquer
elle dégringole elle se retrouve àboclon sur le sol
elle ne comprend pas ce qui lui arrive
c’est alors qu’une ombre énorme qu’on dirait une éclaffe-beusesort de nulle part et lui cache son bien-aimé
elle voit sa saison défiler à toute vitesse
elle n’a plus d’acouet
elle sait qu’elle a déguilléqu’elle gît sur le sol et que cela signifie la fin

la fin ? non ! ça n’a pas encore commencé

alors reprenons depuis le début

il y a une épéclée de temps quand les années et la montre n’existaient pas encore
c’était tout blanc et tout froid de chez froid
puis le froid a connu le thermomètre, le calendrier les saisons, la nuit le jour, le matin le soir, l’horloge l’apéro !
bref c’était hier, avant-hier peut-être… en fait pas tout à fait mais ça n’a pas d’importance

cette histoire commence au début de ce qu’on appelle aujourd’hui une année quand la nature a encore son grand manteau blanc
mais là où se situe l’action il est un peu mité
il semblerait que Le monsieur là-haut n’a presque plus de couleur blanche ou que celle-ci a tourné au jaune

il y a une immensegouillebordée de plusieurs accents
d’un côté il y a desdérupessombres mal éclairées qui font peur et qui doivent abriter des tas de galapiats
de l’autre il y a des grimpettesavec des rectangles grands et plus petits pas tout à fait droits même parfois courbes ou carrés qui épousent les formes douces et agréables de cet espace juste élevé pour empêcher le nord de tomber au sud
dans ces rectangles grands et plus petits pas tout à fait droits il y a des lignes qui suivent leurs formes
au bout de ces lignes il y a des espèces de berclures qui servent à tendre des fils qui marquent l’espace qui abritera l’action de cette histoire
et c’est là que nous sommes en ce moment

ça caille

le village dort encore comme tout ce qui est autour
même la cloche de l’horloge paraît enrouée lorsqu’elle sonne
la bise emportant les six coups marquant le début de cette journée
de drôles de bruits métalliques se font entendre qui proviennent d’un couvert où un gaillard qui a mis son bleu de travail celui de la semaine car celui du dimanche est à la lessive taché qu’il est à cause qu’il a essayé de réparer le boguet qui estpété, s’est mis à l’abri pour dégreuber le tracasetqui l’emmènera en ce lieu
il a ajouté une petite laine car il fait une craminece matin mais malgré tout il ne porte pas de gants
ses mains en ont connu d’autres et il n’a pas peur de laisser ses empreintes
son chemin est accompagné par un chambard fantastique dont les murs se font l’écho
chacun reconnaît ce bruit et sait ainsi l’heure qu’il est
ce qui lui évite d’user le verre de sa montre avec ses yeux
il prend le temps de regarder çà et là et de s’expliquer ce qui se passe ou ce qui se passe pas
il arrête sa machine car la suite il doit la faire à pied le chemin est trop étroit et trop raide
il en descend en montrant une certaine souplesse à moins que ce ne soit l’habitude
il attaque la grimpette pour atteindre le bout de la ligne en haut dessus et commence à faire son repérage
rien ne lui échappe et c’est tant mieux car la réussite de l’opération en dépend
d’un pas assuré lent et silencieux ses semelles mordant le terrain pour l’empêcher de glisser le voilà à longer les lignes et à vérifier chaque bout de bois brun presque noir à la peau toute craquelée qui jaillit du sol tels des bouts de bras tendus le poing fermé comme autant de manifestants criant pour leur survie dans ce paysage encore au repos et presque hostile
ils sont alignés l’un à côté de l’autre pas trop près ni trop loin
parfois il s’arrête et sort de la poche de son bleu de travail un petit ruban qu’il fixe sur le bois qui n’a pas l’air de se réveiller
il finira ses jours au coin de la cheminée… mais dans le feu

tout est calme à part la cloche qui appelle à boire au onzième coup

rien ne laisse paraître du drame qui se prépare...

 

lexique              par ordre alphabétique

a

à boclon                       à l’envers

acouet                          énergique, dynamique

aguiller                         placer sur quelque chose n’importe comment

arithmétique à bonzon  drôle de façon de calculer

attifé                            habillé

b

barjaquer                      bavarder beaucoup

batoille                         qui cause beaucoup

berclure                        perche

boguet                         vélomoteur

bobet                           qui n’a pas inventé l’eau chaude

bofiaud                         bobet (voir plus haut)

boille                            bidon servant à transporter le lait

bon-amie                      élue de son coeur

bonnemains                  pourboire

bouébe                        petit garçon

bouéler                         crier

boyau droit                   qui mange beaucoup mais n’engraisse pas

bracaillon                      bricoleur du dimanche, maladroit

brandons                      carnaval

branler au manche        dont la place n’est pas assurée (emploi)

c

ça caille                        il fait froid

canfrée                         le fait de boire beaucoup

cassin                           ampoules dans les mains

caquolets                      support à dos pour porter les caissettes

cause dans le poste       parle à la radio

caqueux                       mal à l’aise

charogner                     s’énerver

chenoille                       chenapan

charmus                        terrasses construites à flan de coteaux et délimitées par des murs

chenit                           petit désordre

choper                          attraper

clopet                           petit somme

cramine                        grand froid     

craquée                        grande quantité

crousille                        tirelire

cupessé                        culbute

d

déguiller                       tomber

dérupe                         descente abrupte

dix heures                     pause café du matin

 

e

ébriquer                       casser

éclaffe-beuse                grande paire de chaussure

embardoufflée              emmêlée

emmoder                      mettre en marche un moteur

encoubler                     trébucher

épécler                         écraser

une épéclée                  grande quantité

épouairé                       effrayé

et pi                             et alors, et aussi

f

faire la chouille              faire la fête

faire trois                      boire trois dl

floppée                        grande quantité

fouiner                          chercher

foutre une branlée        engueuler

fricasse                         grand froid

g

galapiat                        qui traîne un peu les socques, grand déguindé

grimpette                     petite montée

golette                         petite gorgée

gouille                          flaque d’eau

grulette                        tremblotte

guelette                        sexe masculin

guelu                            un type

guerguette                   pomme d’adam

guillon                          robinet en bois ou en laiton planté dans une cuve ou un tonneau

                                    et permettant de tirer le vin

i

il a chotté                     la pluie a cessé

j

jean rosset                    le soleil

joran                             vent fort et soudain venant du jura

l

la julie                          feuille d’avis de lausanne

le nez sec (avoir)            être mort

les dix heures                pause café du matin

les quatre heures          pause thé de l’après-midi

m

miauffe                         liquide suspect

moque                         résultat liquide d’un bon rhume

méclette                       bouillie

n

nioniotte                       camelotte

p

panosse                        serpillère

papet                           mets vaudois (poireaux, pommes de terre et saucisses aux choux)

papette                        boue

patraque                       pas très bien

péclet                           loquet

pécloter                        aller peu bien

pedzer                          traîner

pétabosson                   personne chargée des mariages civils

pété                             cassé

pétouiller                      traînasser

pétufle                          gros ballon

peuffe                          brouillard

pévé                             pv – procès verbal

pintoiller                       boire

pioncée                        sommeil profond

pistrouille                     liquide de mauvaise qualité

planée                          chute

pogne                          main solide

pommeau                     apprenti

pote (faire la)                faire la tête

poutzer                         nettoyager      

q

quatre chiffres               signifie que c’est l’heure de l’apéro

quatre heures               pause thé de l’après-midi

quart d’heure vaudois   le temps nécessaire pourarriver après l’heure fixée

quettes                         petites tresses

r

raisinée                         réduction de jus de pommes et poires

ramassoire                    pellette à ordures

rappicoler                     ravigotter

rebouillé                       ému, touché

redzipéter                     rapporter

réduit                           rangé

régent                          maître d’école

reluquer                        guigner, épier

roille-gosse                   insituteur

rotte (il la)                     c’est dure

ruper                            manger goulument     

s

se fréquenter                se courtiser

siclée                            grand cri aigu 

somiche                        sommeillère

sottens                         ancienne station de radio suisse romande

suzukii                          petite mouche qui attaque le raison rouge

t

tablar                           rayon d’une étagère

tchuffer                         embrasser

tire-jus                          mouchoir

trabetset                       petit siège

tracasset                       petit véhicule à trois roues utilisé dans les vignes

traclet                           petit train

trabiole                         de coin, de travers

tremblette                    avoir les mains qui tremblent comme pour sucre les fraises

trouille                          peur

u

une de ces tièdes          grosse chaleur

une tapée                     beaucoup