à lire avec modération, tout abus pouvant nuire à la vu

voilà
tu vas pas croire, mais cette histoire n’est pas vraie, n’a pas été vécue et les choses n’ont jamais été vues
mais si tu veux tu peux y croire 
tu trouveras peut être quelques trucs de vrai qui ont fait partie de cette histoire et aideront ton imagination à y mettre des images 

la famille
edouard machin ébéniste brocanteur
jules mari de la germaine et veuf
germaine la morte 
albert le petit fils de jules
boisuncoup baccarat
d’amour baccarat 
faisunrêve baccarat
donneduplaisir baccarat
atasanté baccarat
soisriche baccarat

faits et mes faits
ben oui, ça ne peut pas commencer par il était une fois puisque cela n’a jamais
existé
t’as mis tes lunettes, tu es prêt pour suivre cette aventure ?
alors on recommence
ça se passe… non ça se passe pas puisque c’est pas vrai !
c’est vrai j’oubliais
alors…

chapitre 1
dans une petite ville du nord, au bout de la rue du lac il y a une grande porte
cochère avec deux grands battants qui restent ouverts et permettent ainsi d’accéder à la cour où on arrivait avec le char tiré par les chevaux
maintenant qu’il n’y a plus de chevaux
le père de son père avait deux chevaux, son père aussi
maintenant il en a deux aussi mais sous forme d’une grosse boîte de conserve en tôle ondulée grise avec quatre roues et un moteur
sur la porte du conducteur c’est écrit edouard machin ébéniste-brocanteur
sur l’autre c’était aussi écrit la même chose mais un jour elle était mal fermée et elle a rencontré un arbre qui l’a arrachée
alors aujourd’hui elle est rouge et sans inscription
sous le couvert, à l’ombre car on est en été et qu’il fait chaud, edouard machin est assis dans son fauteuil dont le tissu usé a plus que son âge
il lit la Julie
mais pas les nouvelles car il s’en fout mais les petites annonces et les avis mortuaires 
ainsi parfois il reconnaît des anciens clients 
mais surtout il s’intéresse aux dernières petites lignes tout en bas de fairepart qui donnent l’adresse
il regrette bien qu’il n’y ait pas aussi le numéro de téléphone ça lui éviterait de le chercher dans le bottin jaune qu’il a reçu de la poste
il sort son petit carnet bleu comme celui du lait avec sur la première page un rectangle plus clair dans lequel il a marqué son nom edouard machin
il l’ouvre et tourne les pages déjà écrites
ses gros doigts d’ébéniste ont de la peine à saisir les minces feuilles de papier ligné pour écrire droit et pas de bizingue
il mouille le bout de son doigt vite fait entre ses lèvres et le bout de sa langue, il presse ainsi le coin en bas à droite de la dernière feuille écrite pour pouvoir écrire sur la nouvelle feuille qui est encore vierge le nom et l’adresse qui figure sur le faire-part 
il cherchera le numéro de téléphone plus tard car il fait trop chaud pour aller chercher le bottin
chaque fois qu’on pousse la porte de l’antre qui lui sert d’atelier, de dépôt,
d’exposition et de local de vente 
la petite clochette attachée à un bout d’une vieille ficelle teinte gentiment pour avertir qu’il y a quelqu’un
l’edouard qu’on dirait qu’il ne connaît que quatre mots de notre langue t’accueille, son éternelle casquette grise visée sur la tête et qu’il soulève régulièrement pour l’ajuster te reçoit et d’un coup de menton te demande ce que tu veux
dans son fourbi il fouine et trouve toujours ce qui te plaira ou ce que tu cherches
il l’époussette d’une main alerte en s’aidant d’un souffle épais
puis il prend une des julies qui traînent sur l’établi encombré de mille et une choses, en détache une feuille et emballe l’objet tant convoité
puis sa main saisit la liasse de billets qu’il a dans sa poche car il n’a pas de caisse et encore moins enregistreuse 
y place le billet que tu lui donnes et au besoin arrondi la somme ou te tend un autre billet plus petit 
il n’a jamais de monnaie ça fait des trous aux poches
– salut toi, lance boisuncoup ça fait longtemps que t’es là ? je t’avais pas vu à cause de cette casquette d’officier de l’armée que l’edouardt ’avait mise sur la tête
– excusez-moi je ne vous connais pas et on m’a toujours dit de me méfier des gens inconnus
– t’en fais pas je ne vais pas te casser
– hihi je n’imaginais point que vous le fassiez, mais permettez-moi de me présenter : d’amour baccarat 
– ah elle bien bonne celle-là !
– non, cher ami, je ne suis pas bonne ! je ne fais pas le service je suis de service sur les grandes tables lors de moments importants
-eh  je déconne, mon nom à moi c’est aussi baccarat, boisuncoup baccarat c’est mon nom
– je doute fort que nous soyons de parenté
– vas savoir ?

chapitre 2
dans son petit carnet bleu, il peut lire l’adresse, il l’a connaît mais l’a écrite pour ne pas oublier de passer
il se rappelle l’escalier assez sombre
il sonne
avec un léger grincement, la porte s’entrouvre lentement
– ah c’est toi edouard
– jules 
– entre cinq, t’as le temps pour trois ? 
germaine m’en avait parlé et m’avait dit qu’elle te les avait promis alors voilà… 
– merci, t’as besoin de quelque chose ?
– à part d’un apéro…
– santé
– ouaih c’est germaine qui en aurait eu besoin
– salut
l’edouard riche de son colis bien emballé dans une page de la julie redescend l’escalier et retourne à la rue du lac chez lui
après l’accueil de la clochette, l’edouard fait de la place près de la casquette d’officier de l’armée sur l’établi
il déballe son précieux colis et pose ses quatre verres à pied identiques tout comme les deux autres qui se causaient
il va jusqu’à la porte et abaisse le petit levier de l’interrupteur rond en porcelaine qui était blanc  fixé à côté du montant de la porte
une ampoule que recouvre un espèce de grand entonnoir en papier dur qui était blanc laisse tomber une lumière blafarde sur les six verres 
ainsi rassemblés
mille feux s’en dégagent
on dirait que cette faible lumière s’amplifie au contact de ces verres
après avoir refixé plusieurs fois sa casquette sur sa tête en saisissant la visière entre deux doigts, en la soulevant 
et en la poussant lentement en arrière puis en avant 
il la remet en place sur le devant de son front, à sa place
– ouaih ben dit don’ ! qu’il lâche
puis il retourne vers la porte abaisse l’interrupteur 
dans la pénombre il prend un carton qu’il avait réservé pour ce moment-là, s’approche de l’établi et y pose le carton à côté des verres
il l’ouvre en sort six carrés de velours bleu foncé tout neuf
il saisit délicatement le premier verre et l’emballe tout aussi délicatement dans le carré de velours bleu foncé 
tout neuf puis dépose le verre ainsi emballé dans le carton qu’il avait prévu pour ça
une fois que les six verres sont emballés délicatement et déposés tout aussi délicatement dans le carton il le referme, le laisse sur l’établi, 
ouvre la porte et sort s’asseoir dans son fauteuil sous l’auvent
un autre verre et un carafon l’attendent sur le guérido
cet apéro il l’a bien mérité

chapitre 3
il y a quelque temps déjà, la germaine, la femme du jules, est partie un matin en rentrant du jardin qu’elle cultivait encore avec soin malgré son âge
l’escalier abrupte a eu raison de ses dernières forces
jules et germaine s’étaient mariés il y a pas mal d’années
lui venait d’un milieu modeste son père travaillait comme serrurier dans un grand atelier où on réparait les wagons et les locos
elle, elle était fille du docteur qui était aussi le seul chirurgien de la petite ville
cela n’avait pas été facile
car si le docteur se félicitait que sa fille unique ait trouvé le bonheur auprès de son edouard, la femme du docteur rêvait d’un gendre avocat, directeur de banque ou autre notable digne de son rang pour sa fille qui était si jolie et si intelligente mais surtout pas avec un fils d’ouvrier
mais cupidon avait eu raison, non sans mal
ils se sont installés dans un petit appartement dont la surface était inversement proportionnel à leur amour
quatre enfants plus tard le jules était chef à l’atelier de réparation des wagons et des locos ce qui lui avait permis d’acquérir une petite maison 
au coin de terre que ça s’appelait avec un petit jardin et un espace de gazon dans un quartier avec tout plein de ces petites maisons presque toutes identiques
mais là pour le moment le jules est seul et un peu triste 
sa germaine lui manque
debout devant la tombe du jardin du souvenir, comme d’habitude il lui parle de tout ce qu’il a lu dans le journal et entendu à sottens ou vu 
à la télé
et aussi qu’il a pris une décision mais qu’elle doit être d’accord avec
rassuré, il prend le chemin du retour de son pas lent comme tout ce qu’il fait, car il a tout le temps maintenant, il n’a rien d’autre à faire sauf ce qu’il a décidé et que sa germaine est d’accord avec
il va débarrassé ses affaires, les donner à des gens qui en ont besoin ou à qui germaine les avait promis
car elle savait qu’elle était malade et elle avait voulu mettre ses choses en ordre afin que son jules aimé n’ait pas ce genre de soucis
alors elle avait écrit sur des cartons des noms et mis dedans les choses qu’elle leur donnait
quand presque tous les cartons avaient été distribués, il en restait un posé sur un vieux bouquin
edouard qu’il était écrit dessus

chapitre 4
sur le guéridon on voit bientôt le fond du carafon et il y a aussi la julie toujours pliée
dans sa main l’edouard tient son verre dont il savoure plus que d’habitude le liquide jaune qu’il contient
– ce saint saph est vraiment délicieux
son esprit vagabonde dans tout plein de rêveries, de pensées
il imagine ces verres, les innombrables mains qui les ont serrés, les vins magnifiques qu’ils ont servis, les lèvres délicieuses et pulpeuses qu’ils ont approchées et touchées, les moustaches, aussi, piquantes et mal odorantes
et surtout les histoires qu’ils ont vécues ou entendues, les fêtes auxquelles ils ont participé, les anniversaires qu’ils ont arrosés mais aussi les moments plus sérieux et peut être plus tristes
c’est pourquoi le jules ne les a pas sortis lors du départ de sa germaine même que sa démangeait l’edouard de poser la question pourquoi ?
maintenant il s’en fout 
il a les six verres en sa possession et il se jure qu’il ne s’en sépara plus
car il y a bien quelques temps, alors qu’il polissait un guéridon d’ailleurs le même sur lequel est posé le carafon et la julie
la clochette a teinté laissant passer un doux parfum jusqu’au gros nez déjà rosé de l’edouard qui tourne la tête 
en ajustant sa casquette en signe de salut 
il distingue une ombre qui dessine le contour d’une créature féminine magnifique
cela ne le surprend pas car le parfum qu’il humait ne pouvait être qu’à une femme belle et soignée
d’une voix très douce elle lui demande si les six verres exposés dans la vitrine sont à vendre et à quel prix
il est très emprunté car il n’a pas de papier pour emballer les verres
enfin il y a bien la julie mais pas de papier blanc comme dans les magasins
c’est vrai que ce n’est pas un magasin mais une ébénisterie-brocant
le sourire qu’il voit sur ce visage délicat lui confirme que la dame est contente
il sait qu’elle est mariée car elle lui a dit que son mari avait vu les verres dans la vitrine quand il avait apporté une chaise qui avait un pied branlant et qu’il avait promis de réparer bientôt qu’il lui avait dit et d’ajouter qu’il connaissait le jules de quand ils allaient à l’école ensemble

chapitre 5
hier quand il est rentré du cimetière il n’avait plus le courage
son chapeau à la patère il s’est assis dans son fauteuil à bascule que lui avait offert sa germaine pour être plus à l’aise quand il regarde la télé, en fait quand il fait la sieste
la solitude lui pèse encore plus quand il voit tous ces souvenirs qui lui serrent le cœur
il a besoin d’un remontant, d’un petit et encore un et pi encore un et il s’endort dans le bras du fauteuil qu’il confond avec ceux de sa germaine
il s’occupera de tout ce commerce demain quand il fera jour
debout il ne sait toujours pas par quel bout commencer
il prend un grand carton qui doit contenir toutes les photos et tous les bibelots qu’il ne veut plus voir mais qu’il 
veut bien garder
dans l’armoire où il y avait les cartons que la germaine avait écrit dessus il trouve la place pour son carton 
il découvre alors  le vieux bouquin sur lequel il y avait le carton pour l’edouard et qui est resté là tout seul
il a l’air d’un autre temps
il se rappelle qu’on disait dans les repas de famille que le grand père de l germaine faisait partie d’une société très secrète
mais peut-être que ce n’est qu’un vieil album de photos de famille
il le saisit
il est lourd et tout poussiéreux
la faible lumière provenant du vieux néon de la cave l’empêche de voir distinctement ce qu’il y a écrit dessus 
bien qu’il l’ait épousseté avec sa main
il le pose alors sur la table de la cuisine et passe une patte humide dessus la couverture
il découvre de drôles de lettres et de figures il ne comprend pas ce que cela veut direpeut-être que l’edouard le sait lui qui est dans toutes ces vieilleries
mais il pourrait aussi demander à son petit fils l’albert qui est aux études
l’albert se pointe à la maison de son grand père en fin d’après-midi, après la sieste du jules
encore tout excité par son appel, l’albert se saisit du vieux livre découvert par son grand-père et essaie de comprendre de trouver une explication
il tape fébrilement sur le clavier de son ordinateur portable car son grand-père
n’appartient pas à cette époque 
bien qu’il admire ces machines et tout ce qu’elles permettent de faire et de trouver
quand il était jeune autour de la table le soir au souper souvent son père lui disait « toi qui va à l’école tu sais ce que c’est ? » car bien sûr 
son père n’y était pas allé longtemps juste le temps de savoir compter et lire, c’est qu’il fallait travailler pour aider ses parents à nourrir ses frères et sœurs
alors il reste baba devant la manière dont son petit-fils fait danser ses doigts sur ces petits carrés avec des lettres dessus
il l’aime bien son petit-fils et il est très heureux d’avoir trouvé ce vieux bouquin qui lui permette de passer un peu de temps seul à seul avec celui-ci
ce qu’il y a dedans il s’en fout un peu, le reste est plus important …ah si sa
germaine voyait ça !
– c’est écrit en latin je crois il faut que je le montre à mon prof
oké pour toi grand-père ? je repasse demain après les cours dit l’albert en partant

chapitre 6
– selon moi et un confrère que j’ai consulté il s’agit d’un grimoire qui parle de pouvoirs et de privilèges
en fait en comparant la qualité du papier et l’état de la couverture je dirais que c’est une vieille copie, d’une traduction d’un ancien écrit dont j’ignore l’origine et je vais essayer de le traduire 
par contre les dessins rappellent des scènes de la vigne, de sa culture et aussi de la manière qu’on buvait le vin avec des hanaps
le jules a écouté le professeur qui accompagnait son petit-fils albert avec beaucoup d’attention 
il fait signe de la tête à plusieurs reprises pour montrer qu’il comprend ce qu’on lui raconte même s’il n’a pas tout compris
il fait une pause boit une goutte de café et prend la parole
-un hanap ?
– mais oui souvenez-vous « amical : mais il doit tremper dans votre tasse. Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! »
– ah oui cette histoire de nez…
– oui c’est cela, c’est une tirade de Cyrano de Bergerac
en fait on parle beaucoup de verres, de verres faits à la main, et des pouvoirs que
ceux-ci auraient eus … je n’en sais rien encore mais ne manquerais pas de vous raconter la suite si vous me laissez consulter ce livre quelques jours encore
des jours après le téléphone sonne
il s’habille du dimanche met son costume avec la veste croisée, sa belle chemise blanche, sa cravate rouge qu’il aime tant et son gilet argent dont la petite poche de droite reçoit son gousset au bout de la chaîne en or qu’il avait reçu le jour de sa retraite des ateliers des wagons et des locos
au bas du grand escalier qui mène au grand bâtiment à la façade blanche et aux nombreuses fenêtres dont la 
forme rappelle qu’il est plus vieux que lui, il se demande s’il a bien fait de venir
après tout c’est son livre et on va pas en faire tout un foin
– oui monsieur, le chef va vous recevoir, suivez-moi lui dit avec un charmant sourire la dame qui est derrière un 
espèce de bar sans verre ni bouteille
après une heure d’explications confuses pour lui et sans boire quelque chose, le jules s’en repart soulagé du poids de son livre mais avec la promesse de recevoir très bientôt des photos et copies des textes et une traduction
on lui dit aussi qu’il y aura une petite verrée lorsque le livre sera exposé dans la salle des verres et que sur la petite carte blanche posée au bas de la vitrine il y aura son nom dessus
jules demande un peu gêné s’il pourra demander à son petit-fils albert de l’accompagner
satisfait de la réponse jules se presse de sortir de cet endroit qui lui rappelle le

chapitre 7
on sonne à la porte c’est  l’edouard
il a l’air tout drôle comme quelqu’un qui a quelque chose à cacher ou à demander
– ben entre tu vas pas me refroidir la baraque, va au salon j’arrive
l’edouard regarde tout autour pour voir ce qui a changé ou ce qui manque plutôt
– t’as fait des rangements qu’il lui demande tout innocent
– non qu’il lui répond en posant deux verres sur la table avec un carafon de blanc
 j’ai pas trop le courage et si c’était bien jusqu’à aujourd’hui je vois pas pourquoi je changerai quelque chose et puis assez causé comme les bonnes femmes 
t’as vu le match à la télé ?
– j’ai pas la télé répond sèchement l’edouard
– c’est vrai que c’est pas de ton époque la télé t’en est encore à la julie
– bof de toute façon ils racontent les mêmes conneries et pi je me couche tôt
– tu sais edouard j’ai vu un truc hier à la télé 
i’ te font de la concurrence ils vendent tout plein de machins vieillots que tu donnerais pas trois sous pour les avoir
mais il paraît que ça marche
– à ce propos s’engaillardit l’edouard t’as pas de vieux bouquins ou de vieilles combines que tu saurais pas quoi faire avec ?
– pas que je sache mais je peux toujours regarder, l’assure le jules
tu t’intéresses aux bouquins maintenant ? tu veux apprendre à lire à ton âge ?
– mais non bobet, mais des fois j’ai des gaillards qui passent à la boutique et me demandent si je connaîtrais pas quelqu’un qui aurait quelques vieux machins dont il voudrait se débarrasser
– et ça paie combien ? c’est qu’il est curieux le jules
– ça dépend répond l’edouard qui n’est pas prêt de lâcher quelques écus à jules pour un vieux bouquin surtout qu’ils sont copains depuis l’école et qu’il vient de le débarrasser de six verres que la germaine lui a donnés
alors qu’ils débattent sans rien dire de précis le petit-fils l’albert débarque chez son grand-père tendant fièrement une enveloppe que venait de lui donner le facteur qui arrivait en même temps que lui et que comme 
il était pressé n’avait pas le temps de remonter l’allée pour aller jusqu’à la boîte aux lettres qui était au bout de 
l’escalier de trois marches qui donnait sur la porte d’entrée
sur le guéridon à l’entrée, l’Albert avait laissé la réclame et le journal pour ne garder que l’enveloppe avec imprimé dessus “musée historique”
– non ce n’est rien cette lettre c’est sûrement de la réclame pour une exposition, dit le Jules
– mais grand-père c’est peut-être au sujet du bouquin ?
l’edouard n’en croyait pas ses oreilles 
d’habitude il jouait au sourd comme un pot et disait que c’était les poils de ses oreilles qui empêchaient le son de passer ou que la voix était trop aiguë mais là non seulement il avait bien tout entendu mais en plus il savait que son copain d’école lui avait menti
il y avait bien un vieux bouquin dans cette baraque ou en tout cas on en avait trouvé un

chapitre 8
les verres profitent d’un moment de calme, s’observent et brise le silence qui règne dans l’atelier
– t’as vu d’amour truc on est plus tout seuls il y a de la compagnie
– si vous désirez m’adresser la parole je vous prie de ne pas écorcher mon nom je m’appelle d’amour baccarat s’il vous plaît
– ouaih d’accord d’amour quelque chose fais pas la gueule pour si peu
– vous ne comprenez pas mon prénom c’est d’amour  !
– bon c’est pas un peu fini ce bavardage moi aussi je suis un baccarat, atasanté baccarat que je m’appelle et bringue pas avec ces tenailles 
pour si peu… d’ailleurs je te connais toi tu étais pas chez la germaine et le jules ?
– en effet, tout comme moi, dit une petite voix aiguë, mon nom est donneduplaisir baccarat
– elle bonne celle-là toute la famille est là, non ? c’est moi soisriche baccarat et à côté de moi il y a faisunrêve baccarat et de poursuivre, vous vous souvenez ce repas quand il y avait le syndic et le préfet qui étaient invités 
avec leurs épouses et que la germaine avait dû élevé la voix avec son jules de mari qui ne voulait pas s’habiller du dimanche et qu’il lui répondait qu’il était chez lui et qu’il faisait comme il veut et que c’est pas parce que le syndic et le préfet qu’il n’aimait pas étaient leurs invités qu’ils devait faire autrement qu’avec les autres visites
– ah ouaih réplique atasanté, même que la germaine lui criait dessus qu’il pouvait faire un effort vis à vis de ses amies et que le jules avouait que d’un il n’avait pas voté pour le syndic et que deux il emmerdait le préfet qui venait de le coller pour une histoire de pêche sans permis
– mais grâce à nous reprend donneduplasir le repas c’est bien passé même si le jules au début faisait un peu la gueule car comme la germaine nous avait mis sur la table, nous ses beaux verres du dimanche et des grandes occasions, il devrait servir ses meilleures bouteilles… 
– à ces poivrots renchérit faisunrêve
– c’est vrai dit boisuncoup c’est grâce à toi donneduplaisir que cette soirée c’est bien passée 
– même qu’à la fin le jules a dit au syndic qu’il voterait pour lui la prochaine fois. ajoute faisunrêve
– et pi cette fois qu’ils avaient mis deux grandes tables dans le jardin et sous la véranda 
ils étaient tous habillés en noir même que le jules il portait une cravate noire 
– ah oui ils étaient rentrés à la maison pour le thé après l’enterrement 
les dames s’étaient installées sous la véranda dans les canapés avec les gâteaux abandonnant les hommes à la table placée sous le noyer avec nous que le jules remplissait de son meilleur vin et qu’au bout d’un moment le jules et ses amis ont commencé à chanter et à faire du boucan 
alors la germaine est arrivée en furie apostrophant son jules de mari en lui demandant qu’est-ce que vont penser les voisins et le jules de répondre qu’il payait ses impôts qu’il était chez lui et se levant qu’il était libre de boire avec qui il voulait et qu’il noyait son chagrin avec ses amis et de se rasseoir 
mais voilà t’y pas qu’il loupe la chaise et s’affale sur le gazon
aussitôt ses amis se portent avec cette lenteur vaudoise à son secours
– un mort aujourd’hui ça suffit, clame la germaine 
le jules se relève, retrouve ses esprits et de déclare : un dernier pour la route !
les dames ayant bu tout leur thé décidèrent qu’il était temps de rentrer et d’emporter avec elles leurs maris
le jules savourait cet instant vautré sur le canapé alors que la germaine lui reprochait de lui avoir fait honte et le jules de lui répondre doucement que c’était le vin que son père avait laissé et qu’il aurait été heureux de le boire avec eux
la germaine l’a regardé tendrement vu le visage heureux de son jules qui partait pour une bonne sieste, lui a murmuré que c’était vrai qu’il avait raison son papa aurait été très content, finit de raconter d’amour baccarat
– soisriche, qu’on avait pas encore entendu, s’interroge sur leur séparation, le pourquoi de deux chez l’edouard et quatre chez le jules et la germaine
boisuncoup raconte l’histoire de l’edouard qui quand il avait perdu sa femme… 
non tu as raison c’’était sa soeur car l’edouard était vieux garçon et que sa soeur aînée était vieille fille 
qu’elle était restée pour s’occuper de lui … même qu’on a raconté des choses bien qu’on avait jamais su la vérité
la germaine l’avait invité avec son beau-frère et sa belle-soeur, qu’on se demandait ce qu’elle avait de belle, à venir à la maison pour dîner et que ça lui changerait les idées
mais quand ils sont entrés dans la chambre à manger voilà que la table était mise pour six personnes alors qu’ils n’étaient plus que cinq maintenant

je te dis pas l’état de la germaine qui se confondait en excuses que refusait
l’Edouard en disant que ce n’était pas grave
– l’edouard n’en pinçait pas un peu pour la germaine ?
ça on ne le sait pas 
toujours est-il que pour se faire pardonner la germaine connaissant l’envie et l’impatience de l’édouard de posséder des verres comme nous 
elle lui en a donné deux ce soir là et mis les quatre autres dans un carton avec le nom de l’édouard dessus pour être pardonnée plus tard
depuis ce jour nous ne sommes plus ressortis, finit de raconter
donneduplaisir
– et puis le coup, s’élance atasanté où un dimanche la germaine avait promis un pot-a-feu à son jules qui partait 
pour l’apéro au cercle ouvrier et qu’elle allait au culte que ça cuirait tout seul
le jules pour une fois est rentré avant elle
curieux il va à la cuisine soulève le couvercle de la marmite et constate qu’il n’y a pas d’yeux sur le bouillon
il pense que sa germaine essaie une nouvelle recette ou se lance dans cette nouvelle cuisine…
à la salle à manger la table a mis ses habits du dimanche et on est sorti de la vitrine où on est exposé durant la semaine
de retour du culte avec les visites attendues, la germaine court à la cuisine, s’y enferme et n’en ressort qu’après l’apéro
– on va pouvoir passer à table qu’elle dit
le pinot coule bien dans les gosiers et facilite le passage du lard qui manque un peu de souplesse contrairement au vin
les langues se délient, on raconte des histoires, la germaine boit un deuxième verre qui lui monte au pompon 
qu’elle déclare en riant et de raconter qu’à la sortie de l’église quand elle a ouvert son sac à main pour y prendre son porte-monnaie elle a découvert qu’elle y avait mis le lard au lieu de le déposer dans la marmite et de prendre son psautier
-dis donc t’as remarqué dit donneduplaisir
chaque fois qu’on est ensemble autour de la table et quelque soit le sujet dont parlent les convives cela se finit toujours bien 
cela correspond à un de nos prénoms
on devrait essayer pour voir si on a un don 
tiens par exemple si on se disait qu’on aimerait bien boire un coup ? 
la phrase n’est pas finie que déjà les verres sont emportés comme par magie et passés à la douche qu’on entend milles remarques : 
mais frotte pas si fort ! 
c’est dégueulasse celle-ci me crache dessus pour enlever un peu de rouge qu’il me reste sur les bords 
celle-là si elle continue de me frotter le pied avec ces doigts si doux je sens qu’il va arriver quelque chose 
et puis ils se retrouvent sur une table où il y a plein de monde autour en tout cas une personne par verre dans un pièce très éclairée 
l’édouard prend la parole pour annoncer qu’il a fait une grande découverte mais avant de s’expliquer il propose de remplir ces verres magnifiques avec un excellent dézaley
il présente sa découverte : une superbe carafe de la même famille qu’il dit ce qui est moins sûr que les impôts chuchote atasanté elle est pas en cristal fait à la main comme nous
– on s’enfout rétorque boisuncoup c’est prouvé qu’on fait partie d’un pouvoir magique

chapitre 9
un jour qu’il faisait chaud et lourd, un de ces soirs d’été où l’orage menace et qu’il n’y a plus personne dans les rues l’édouard à demi siesté entend la clochette tinter
– j’te jure il y a des gens qui n’ont aucun respect pour ceux qui travaillent et d’ailleurs c’est presque l’heure de fermé boutique
il repousse sa casquette essaie tant bien que mal de faire le point sur la petite silhouette appuyée sur une canne qui est devant la porte
elle a des cheveux tout blancs des yeux perçant et un drôle d’air comme quelqu’un qu’on voit des fois dans les vieux bouquins qui parlent de légendes
– tu es bien edouard machin qu’elle lui demande d’un ton autoritaire qui ne correspond pas à son aspect ? et ces verres sont à toi ? 
et pourquoi il n’y en a que deux ?
même sa casquette ne lui est d’aucun secours
– pardon, t’es qui toi la vieille ?
– cela je te le dirais après que tu aies répondu à mes questions qu’elle lui
répète devinant qu’il ne les avait pas entendues et comprises
– oui… oui… sais pas sinon qu’on m’en a donné que deux
– sais-tu où sont les quatre autres ?
– ouaih
– alors écoute-moi bien
ces verres ont une très longue histoire qui est écrite dans un livre des sens
et ils ont un pouvoir magique mais 
pour cela il faut qu’ils soient ensembles et avec le livre des sens
il est important que tu possèdes les verres et le livre
si tu sais quelque chose à ce sujet tu dois absolument les réunir sinon cela pourrait se retourner contre toi et tu connaîtras un grand malheur
– quel grand malheur, je viens de perdre coup sur coup ma soeur et mon amour de toujours !
et en voulant se lever pour voir de plus près cette petite silhouette appuyée sur une canne ses genoux qui étaient sous la table la soulève et la bouteille qui était dessus tombe et s’épècle sur les pavés de la cour
le fracas le fait sursauter
c’est sûr il a rêvé et se dit qu’il a un peu abusé surtout par cette chaleur même le rosé peut vous jouer des tours ?
mais comment a-t-il pu deviner tout ce fourbi ?
il faudrait qu’il en parle à quelqu’un qui sait ces choses
le curé, non, bien sûr il connaît tous les petits secrets de tout le monde à cause de la confession surtout ceux des bonnes femmes
le pasteur, non, bien sûr il connaît tous les petits ragots de toute la ville à cause du temps qu’il passe à boire le thé chez les dames de la haute qui adorent commenter et échanger ce qu’elles ont entendu 
le régent, non, bien sûr il connait tout ce qu’il y a dans les livres mais quand il commence à raconter quelque chose à la fin tu ne te souviens plus de ta question
le préfet, oui bien sûr, il est au courant de tout car il parle régulièrement avec le curé, le pasteur et le régent et il passe souvent au carnotzet de la ville pour y rencontrer son ami le syndic
et puis il collectionne des trucs et connaît aussi tous les vieux de la région
son ami jules et aussi celui du préfet donc il décide … à mais non car c’est jules qui avait les quatre autres verres et le vieux bouquin
il faut que je réfléchisse
peut-être qu’un petit coup de rosé ça m’aiderait ?

chapitre 10
un jour, après qu’il se soit trouvé chez le jules et que son petit-fils l’albert soit arrivé, il aperçoit ce dernier qui reluque la vitrine du grand magasin qui est pleine d’appareils électroniques auxquels l’édouard ne comprend rien du tout sinon qu’ils empêchent de se causer directement
il s’approche prudemment du jeune homme car il ne sait pas comment il va lui demander de quoi il parlait chez 
son grand-père l’autre jour
l’albert voyant son reflet dans la vitrine se retourne et le salue
– tu t’intéresses à ces appareils, lui demande-t-il de façon moquerie
– non répond l’édouard, je m’intéresse plus aux vieilles choses, aux vieux livres et autres trucs anciens comme tu le sais
– grand-père t’a dit qu’il avait trouvé un vieux bouquin plein de choses et de dessins bizarres
d’ailleurs le directeur du musée a promis de lui envoyer une clé usb 
– pourquoi, il a acheté une nouvelle armoire ?
– mais on c’est un petit machin comme ce truc là en bas de la vitrine qu’on insère dans l’ordinateur
c’est comme un petit livre tout petit, minuscule avec une chiée de pages que l’ordinateur va agrandir pour que tu puisses les lire et sur ces pages, il y a la traduction de ce qui était écrit dans le livre et les explications d’un 
spécialiste  
c’est pourquoi je regarde les prix des ordinateurs 
l’édouard n’a pas bien compris si ce n’est que le jules a trouvé le bouquin
bon dieu de bois comment va-t-il faire pour savoir ce qu’il y a dans ce bouquin surtout qu’il est certain maintenant que celui-ci a un rapport avec les verres et il se souvient du discours de la petite silhouette appuyée sur sa canne 
il n’a quand même pas rêvé cette histoire !

chapitre 11
– allô
– c’est jules, ça va ?
– ouaih
– j’te dérange ?
– si peu
– bon écoute il faut que je te voie au sujet des verres
– merde alors, je viens de les vendre
– dis pas de conneries, je ne veux pas te les reprendre mais te raconter une histoire
– ah bon
– tu peux passer chez moi cet après-midi ? et tu prends les verres avec
le combiné posé, l’édouard est tout excité et perplexe qu’est-ce que c’est que tout ce bazar ?
pour une fois il a cinq minutes d’avance
il sonne il entend des pas c’est pas le jules c’est l’albert qui ouvre la porte
il pose délicatement le carton sur la table avec les verres emballés dedans 
une bouteille couverte de poussière et à l’étiquette abîmée qu’on peut pas bien lire le nom et le numéro de l’année attend de se faire déguster
le jules est radieux et accueille chaleureusement son ami edouard
en quelques phrases il raconte l’histoire de ce bouquin et de ces verres
quand il s’est marié avec la germaine un jour en fin d’après-midi on sonne à la porte
une vieille dame toute petite et appuyée sur sa canne avec des cheveux tout blanc des yeux perçant et un drôle d’air comme quelqu’un qu’on voit des fois dans les vieux bouquins qui parlent de légendes se présente comme étant une aïeule de la famille de germaine et qu’elle est là pour lui transmettre un cadeau qui ne doit pas quitter la famille sauf si on décide de le donner à un ami, un vrai 
germaine prend le paquet et se tourne pour le poser sur le guéridon à l’entrée
quand elle se retourne pour demander à cette vieille dame d’entrer et au moins de donner son nom, celle-ci a disparu
en ouvrant le paquet, il y a une lettre écrite à la main qui ressemble à ces vieux parchemins qu’on voit dans les musée
ces verres ont un pouvoir magique pour autant qu’ils soient utilisés les six ensemble et que le vieux grimoire soit dans la même pièce
– et tu sais edouard chaque fois qu’on a servi ces verres les moments partagés restent des souvenirs inoubliables 
même si parfois au début on craignait le pire !
en fait ce livre, ce grimoire est une très belle histoire
il raconte que la vie peut être faite de haut et de bas, de bonheur et de malheur, mais qu’il y a toujours quelque 
chose de bon quelque part
alors pour le trouver il faut des fois s’aider
et la meilleure manière c’est de le faire autour d’un verre de vin, surtout du bon ! 

épilogue
on sort les verres et on les remplit jusqu’aux côtes de l’excellent breuvage qui a attendu cet instant depuis très longtemps
et une petite voix se fait entendre quand les verres s’entrechoquent : 
on aurait dû s’appeler la famille baraka pas baccarat !

peut-être que les verres ne font pas de magie mais un bon vin peut faire des miracles !

la chablière, le 25 janvier 2021